L’aventure commence dès lors qu'on accepte de sortir de sa zone de confort...

Le lac Tekapo en Nouvelle-Zélande

Le lac Tekapo en Nouvelle-Zélande

samedi 11 juillet 2015

10 jours de méditation Vipassana en Nouvelle-Zélande

J'ai décidé de terminer mon séjour de 2 mois en Nouvelle-Zélande par un cours de 10 jours de méditation Vipassana, dans ce centre situé au nord d'Auckland, selon l'enseignement du maître indien S.N. Goenka. Je me suis dit que 10 jours de méditation c'était parfait pour marquer la fin symbolique de cette première partie de tour du monde (Asie / Inde / Océanie).
Alors oui me direz-vous, 10 jours de méditation c'est long, c'est 10 jours de tourisme en moins, mais  d'un autre côté 10 jours sur 2 ans de voyage ce n'est pas grand chose, non ?...
Je n'en étais pas à mon coup d'essai puisque j'avais déjà effectué 2 fois ce genre de stage intensif, en France (en Bourgogne). Depuis quelques années en effet, j'ai découvert avec bonheur les bienfaits de la méditation. Je suis sensible aux idées du bouddhisme, ce qui explique en partie mon attirance pour des pays comme l'Inde et le Népal...

  Méditer c’est réaliser la tranquillité de l’esprit et la paix du cœur

C’est quoi méditer ?...
J'aime bien cette définition de la méditation trouvée dans une présentation du Raja Yoga : " La méditation, quelle que soit sa forme ou son origine, est un élan qui part des profondeurs de soi, pour mieux s'ouvrir vers le monde. Je me centre en moi, stable, serein, pour mieux m'épanouir et m'ouvrir vers autrui. Non pas pour établir avec l'autre un rapport de dépendance, mais pour lui permettre, à son tour de retrouver son centre, de s'y sentir bien, et de partager sans se disperser, son énergie vitale. Peu importe qui je suis en termes de culture, d'âge de religion ou de race, je rentre en contact avec le centre de mon être, siège de mes qualités uniques, de mes valeurs, mémoire de mon histoire, là où tout se fait et se défait au gré des transformations que suscite en moi la vie ".

Pourquoi pratiquer la méditation ?
Chaque jour, on passe du temps à faire sa toilette extérieure (se laver, se peigner, se brosser les dents...), alors pourquoi on ne prendrait pas le temps de faire aussi sa toilette intérieure quotidienne grâce à la méditation ? La méditation permet de développer notre musculature mentale. Elle permet de placer notre cœur, notre âme, notre sensibilité, dans une attitude ouverte et bienveillante vis à vis de nous-mêmes et vis à vis des autres. Méditer fait diminuer le rythme cardiaque, relâche les muscles sous tension, et procure une montée d’endorphines, ces hormones de la joie et de l’éveil. La pratique de la méditation promeut l'empathie, la compassion et accroît la concentration.

Le but de la méditation
Le but de la méditation est de calmer l’agitation de l’esprit, s’ancrer dans son corps, être présent à soi-même et élargir le champ de sa conscience. La pratique régulière influe profondément sur la vie quotidienne, assurant un plus grand équilibre. La méditation c’est : le retour à soi, le recueillement, l’arrêt de la pensée, la pause intellectuelle, le lâcher prise, l’expiration, la non tension, la paix, la douceur, le repos de l’esprit, le hors du temps, la ressource. J'aime bien cette explication donnée par un moine bouddhiste cambodgien dans l’émission « Sagesses bouddhistes » (France 2) : on ne peut pas supprimer définitivement les mauvaises pensées qui perturbent l’esprit, ce n’est toujours que temporaire. Si on ne pratique pas constamment la méditation, peu à peu les mauvaises pensées reviennent en nous et recommencent à avoir de l’effet. On ne peut les éradiquer. On peut seulement les mettre à l’écart par une pratique constante [un peu comme un logiciel antivirus qui mettrait un virus en quarantaine : si on supprime le logiciel antivirus, alors le virus peut à nouveau s’activer car la mise en quarantaine n’agit plus]. Il en est de même quand une étendue d’eau est recouverte de plantes : si on écarte avec nos deux mains les plantes qui l’envahissent, on peut voir la clarté de l’eau. Mais si on enlève les mains (c'est-à-dire si on ne pratique pas la médication), les plantes parasites reviennent inexorablement.

Pourquoi aller dans un centre de méditation et pourquoi dans celui-ci ?
Méditer tout seul chez soi c'est bien mais c'est très difficile de s'astreindre à cette discipline quotidienne. Alors que quand on médite en groupe, on est porté par l'énergie du groupe et du coup c'est plus facile de méditer et de supporter la posture assise en tailleurs pendant longtemps. Quelques mois après avoir effectué un court séjour dans un monastère bouddhiste en Thaïlande et après avoir séjourné 2 semaines dans un ashram en Inde, j’ai ressenti le besoin de faire un travail spirituel plus en profondeur et cette fois-ci dans le silence total, c'est pourquoi j'ai choisi un centre de méditation Vipassana. C'est un jeune néo-zélandais rencontré lors de mon séjour dans un monastère de Thaïlande qui m'avait recommandé de venir dans ce centre (voir quelques photos ici). Et effectivement, ce lieu situé au milieu des forêts entre plusieurs collines est très agréable et très propice à la méditation.
(cliquer sur les photos pour agrandir)

Quelles sont les références spirituelles ou religieuses de Vipassana selon S.N. Goenka ?
La référence spirituelle principale est l’enseignement de Sayagyi U Ba Khin, un grand maître spirituel de Birmanie.
L'enseignement Vipassana selon S.N. Goenka n'est lié à aucune religion, même si son origine vient clairement du bouddhisme dont il a conservé la philosophie mais sans les aspects religieux. Pour en savoir plus sur ce qu'est la méthode de méditation Vipassana, lire cet article très complet : Aux sources du vipassana.

Quelles sont les techniques enseignées par Vipassana selon S.N. Guenca ?
S.N. Guenca
Ces 10 jours, c’est à la fois une retraite et un cours de méditation :
- une retraite car ces 10 jours sont l’occasion de faire un travail d’introspection, de méditer sur la vie et surtout sur SA vie
- un cours, car on nous y enseigne une solide (mais très simple) technique de méditation, que l’on peut utiliser chez soi par la suite
Deux techniques de méditation nous sont enseignées durant ces 10 jours :
- la méditation Annapana (se concentrer sur l'air qui rentre et qui sort des narines et sur les sensations subtiles que cela procure sur la lèvre supérieure et dans les narines)
- la méditation Vipassana (se concentrer sur les sensations présentes sur chacune des parties du corps, ce que d'autres écoles de méditation appellent le "body-scan")
Contrairement à beaucoup de techniques de méditation peu exigeantes qui ne permettent que de travailler "en surface" (avec des résultats limités), celle-ci permet un travail sur soi très en profondeur et peut offrir des résultats spectaculaires et durables, à condition de pratiquer sérieusement.


Ce que ce centre de méditation n’est pas
Dans ce centre de méditation on fait un travail très axé sur le corps (observation de sa respiration, observation de ses sensations corporelles). Donc ce centre de méditation n’est pas fait pour ceux qui attendent une approche intellectuelle de la spiritualité, on y tient peu de grands discours philosophiques (juste 1h15 de discours tous les soirs afin de mieux comprendre le pourquoi du comment de cette technique), et pas du tout de discours religieux. Ici on n’est ni à l’université ni dans un « café philo ». Ce qui n’exclut pas que les participants puissent lire de leur côté des ouvrages sur la méditation Vipassana telle qu'elle est enseignée par S.N. Guenca (la lecture d’un ou deux livres peut d’ailleurs faciliter la compréhension et l’assimilation de certains concepts).
Ce centre de méditation n’est ni un hôtel ni un club de vacances : on est là pour travailler (environ 7 heures par jour de cours collectifs de méditation, plus 3 à 4 heures supplémentaires pour ceux qui sont très motivés et qui n'ont pas trop mal au dos ou aux genoux... Lever à 4h00 (réveil par le gong), coucher vers 21h30. On est logé dans des petites chambres individuelles mais les douches et sanitaires sont collectifs. Silence absolu pendant 9 jours (afin de faciliter la concentration), téléphones interdits (de toutes façons il n'y a pas de réseau car l'endroit est trop isolé), idem pour la musique, les livres et  l'écriture. Toutes ces contraintes n'ont qu'un seul objectif : faciliter la concentration et donc l'introspection personnelle, en limitant au maximum les interférences avec le monde extérieur. Petit déjeuner (végétarien) à 6h30, déjeuner (végétarien) à 11h30, pas de dîner, pas d'alcool, cigarettes interdites. Et séparation stricte entre hommes et femmes (bâtiments séparés).
Quand je vous dit que ce n'est pas le Club Med...


Comment se rendre dans ce centre de méditation ?
Il faut tout d'abord postuler pour un cours via cette page, et ensuite s'ils vous acceptent (il faut notamment parler anglais correctement pour pouvoir être accepté) il vont vous envoyer par mail toutes les infos pour venir dans ce centre (par bus depuis Auckland, ou en covoiturage, moi j'ai fait en covoiturage). Pour ceux qui veulent jeter un oeil sur une Goole Map, voici l'adresse du centre :
Vipassana Meditation Centre
153 Burnside Rd
RD3 Kaukapakapa, New Zealand 0873

Ce que m'a apporté ce séjour dans ce centre de méditation ?
L’enseignement principal de mes 3 retraites de 10 jours de méditation (2 en France et une en Nouvelle-Zélande), pour moi, c’est une prise de conscience : lorsqu’on sème des mauvaises graines, notre esprit devient forcément, automatiquement, agité. Il ne peut pas être calme, paisible, serein, dans de telles conditions. Des mauvaises graines, cela peut être : fréquenter des personnes « toxiques », c’est-à-dire qui nous font au final plus de mal que de bien ; avoir des comportements « toxiques » (idem) ; faire de mauvaises actions, des actes dont on n’est pas fier ; faire du mal à autrui, manipuler autrui ; agir par pure cupidité, par un appât du gain démesuré. Mais les mauvaises graines, ce sont aussi nos peurs, nos angoisses, nos colères : il faut apprendre à les identifier dès qu'elles apparaissent, et apprendre à ne pas les entretenir, à ne pas jeter de l'huile sur le feu (par exemple ne pas ruminer des pensées négatives, car cela ne fait que les renforcer, et cela nous fait donc davantage souffrir au final).
Concernant cette retraite en particulier, je dirais qu'elle m'a moins apporté que les deux précédentes, car d'une part je n'avais pas de difficultés personnelles importantes à résoudre, d'autre part mon esprit était trop occupé (et excité) à la préparation de la suite de mon périple pour pouvoir se concentrer pleinement sur la méditation. J'ai donc "nettoyé" plein de petites choses en surface, mais je n'ai pas fait le gros travail en profondeur que j'avais effectué lors de mes deux précédents stages en France.

Une souffrance nécessaire pour obtenir de bons résultats
Méditer pendant 10 jours dans ces conditions intensives c’est l'expérience la plus dure que j'ai vécu, moralement et physiquement, depuis le stage de type « commando » de 3 semaines que j’avais effectué pendant mon service militaire... Comme disent les textes indiens : « il est plus aisé de dompter un éléphant enragé, de marcher sur l’eau, de voler dans les airs, que de maîtriser son mental ». Après mes 3 stages intensifs de méditation, je confirme que ceci est exact...
Mais les résultats sont à la hauteur de la difficulté et de la rigueur de ce qui est demandé aux pratiquants. Plus que jamais, je suis persuadé qu’il est nécessaire de souffrir pour progresser dans la connaissance de soi, dans son développement personnel. On n'a rien sans rien...

Observations et considérations personnelles sur la méthode Vipassana selon S.N. Goenka
La finalité de la méthode est de nous libérer de tous nos attachements (désirs et envies de toutes sortes) car ces attachements, lorsqu’ils provoquent des déceptions, des désillusions, des frustrations (ce qui est inévitable à un moment ou un autre de notre vie), provoquent de la souffrance, parfois beaucoup de souffrance. Cette méthode, poursuivie jusqu’à son objectif final, vise à faire de nous des quasi moines (bien que Vipassana soit laïque), des êtres détachés qui ne réagissent plus aux joies et aux souffrances de la vie (car Vipassana a pour but de déraciner nos attachements, mais apparemment sans pouvoir faire le tri entre les joies et les souffrances). Pourquoi ne plus avoir d'attachements qui procurent de la joie, me direz-vous ? Pourquoi vouloir détruire les racines du désir ? Le bouddhisme répond que, tout dans ce monde étant par nature impermanent, toute joie est elle aussi impermanente, et s'y attacher provoquera donc tôt ou tard de la souffrance... Certes... Mais personnellement je pense qu'une dose de souffrance reste acceptable, tant que cela reste dans des proportions raisonnables. En effet je pense que la souffrance fait partie du "jeu de la vie" : en s'attachant à quelque chose ou à quelqu'un on prend le risque de souffrir si cette chose ou cette relation disparaît, cela est tout à fait normal et je trouve que supprimer tout attachement (et donc toute souffrance potentielle) risque de faire de nous des légumes, des êtres sans émotions : très peu pour moi !
Cette méthode, lorsqu’elle est utilisée à fond, dans toutes ses potentialités (c’est à dire : 1 stage de 10 jours chaque année + toute l’année 2 heures de méditation par jour (1 le matin et 1 le soir), en pratiquant avec application et sérieux), convient probablement tout à fait à des personnes à la fois hypersensibles mais surtout profondément malheureuses, des personnes dont la vie n’est que souffrances (échecs amoureux, misère sexuelle, absence de travail ou travail inintéressant et/ou stressant, problèmes financiers importants, maladie grave, décès de personnes proches...). Cette méthode, d'après les échos que j'ai eus, semble excellente également pour soigner les addictions au tabac, à l'alcool ou aux drogues. Mais pour des gens comme moi, dont la vie est faite davantage de joies et de plaisirs que de souffrances, il y a peu d’intérêt à utiliser cette méthode à 100 %. Par contre, lorsqu’elle est utilisée avec lucidité et discernement, elle peut aider à améliorer sa concentration, à apprendre à moins se laisser submerger par ses émotions, à mieux gérer les situations stressantes, à améliorer son discernement (notamment : apprendre à repérer et à éviter les personnes ou comportements « toxiques », c’est-à-dire qui au final nous font plus de mal que de bien), à diminuer un peu (= modérer) ses attachements lorsqu’ils sont excessifs et font trop souffrir (ex : alcoolisme, drogues...).


Mes conseils aux personnes qui seraient intéressées par un séjour dans ce centre de méditation
Un seul mot : foncez ! A condition cependant d'avoir une motivation suffisante pour pouvoir supporter toutes les contraintes de ce stage intensif. Ceux qui pensent manquer de souplesse pourront demander à méditer assis sur une chaise. Ceux qui pensent manquer de patience seront probablement surpris.
Après un tel stage, on a l'esprit moins pollué et parasité qu'avant, on est plus lucide et clairvoyant qu'avant, on est mieux armé pour faire les bons choix, aussi bien dans sa vie privée que dans sa vie professionnelle.
Combien ça coûte ce stage ? Chacun donne ce qu'il veut à la fin du cours, c'est le système de la donation chère à la tradition bouddhiste. Et ce qu'on donne est même déductible des impôts ! (l'association est reconnue comme oeuvre d'utilité publique, en Nouvelle-Zélande comme en France)
Bien entendu, il est vivement recommandé d'avoir un niveau correct en anglais, même s'il est possible d'écouter les discours du soir (1h15) en français.

Le mot de la fin…
En conclusion je dirais que ce séjour de 10 jours m’a fait du bien physiquement et moralement. Le simple fait d'être dans le silence absolu durant 9 jours au contact avec la nature et entouré de personnes qui dégagent de "bonnes énergies" fait énormément de bien, cela m'a aidé à "digérer" cette première moitié de tour du monde, et à mieux me préparer pour la seconde partie.
Malgré mes quelques réserves (lire plus haut), je pense que la méditation Vipassana est un formidable outil d’introspection et de développement personnel, elle permet à chacun d’effectuer son propre « voyage intérieur » et cela est vraiment passionnant.

Quelques autres sites web ou blogs utiles
a) Site de présentation de la méditation
Je médite - Je me soigne
b) Sites pour approfondir la connaissance de la méditation
Le Dhamma de la forêt
Instructions de base pour la contemplation vipassana
Méditation de Metta par Bhante Henepola Gunaratana
c) Témoignages de retraites de méditation Vipassana
Mon 1er vipassana en Nouvelle Zélande
Récit d’une française qui a effectué une retraite Vipassana en Inde
Péripéties d'un ours en Asie

Très bonnes adresses pour s'initier en douceur à la méditation
Association Terre d'Eveil http://www.vipassana.fr (organisent régulièrement des week-end à Paris avec un enseignant différent à chaque fois, mais aussi des retraites de quelques jours)
Dojo zen de Paris http://www.dojozenparis.com (y aller le samedi de 16h à 18h pour une séance d'initiation d'une heure suivie d'une heure de pratique)
Ces deux écoles présentent la particularité de proposer une alternance entre méditation assise et méditation marchée (ce qui me convient mieux personnellement).

Très bonnes adresses pour s'initier en profondeur à la méditation
Centre de Méditation Vipassana Dhamma Mahi http://www.mahi.dhamma.org/dhammamahi.html Ce sont les retraites de méditation Vipassana "Goenka" de 10 jours qui ont lieu en France, en Bourgogne. S'inscrire plusieurs mois à l'avance si on veut avoir de la place.
OM Reiki family http://www.omreikifamily.fr/ Près de Toulouse se trouve cet ashram indien dont l'implantation principale se trouve à Pune dans le sud de l'Inde. On y enseigne notamment les méditations actives créées par le grand maître spirituel Osho.

Quelques maîtres de méditation que j'apprécie beaucoup
Gérard Pilet (tradition zen) a écrit de très bons ouvrages sur la méditation ainsi que de nombreux articles et a participé à plusieurs émissions de "Sagesses bouddhistes" dont celle-ci pour ceux qui découvrent la méditation. Son enseignement est simple, clair et profond, il dit l'essentiel avec justesse et simplicité.
Thich Nhat Hanh (tradition zen) : peut-être le meilleur maître de méditation que nous ayons actuellement en France. Ses bouquins sont d'une simplicité et d'une justesse incroyable, et ses retraites de méditation au Village des pruniers connaissent un immense succès. Lire l'article Thich Nhat Hanh, un moine pour la paix.

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