L’aventure commence dès lors qu'on accepte de sortir de sa zone de confort...

Le lac Tekapo en Nouvelle-Zélande

Le lac Tekapo en Nouvelle-Zélande

vendredi 17 avril 2015

La tentation d’Auroville






C’est quoi Auroville ?
Je dois avouer qu’avant de séjourner à Auroville, je n’avais qu’une idée très vague à propos de cet endroit. Je me disais « Auroville c’est une communauté de babacools soixante-huitards peace and love ». Je pensais qu'Auroville était un vestige du passé (les hippies, mai 68...), je n'imaginais pas que cette ville puisse se conjuguer au présent et encore moins au futur... Bref j’étais en plein dans le gros cliché, même si comme tout le monde j’en avais juste un peu entendu parler à la télé. Jusqu’au jour où un de mes amis voyageurs m’a dit y avoir déjà séjourné deux fois, et il en était visiblement très satisfait puisqu’il y retournait cette année. Cela a un peu piqué ma curiosité, et j’ai donc décidé de faire étape 10 jours à Auroville durant mon long séjour en Inde.
La Mère et Sri Aurobindo
Auroville est une communauté internationale de 2300 habitants, fondée en 1968 par le maître spirituel Sri Aurobindo et par Mirra Alfassa, surnommée « La Mère », sur des idéaux de paix, de développement durable et de « conscience divine ». Cette petite ville expérimentale, nichée dans une forêt, réunit des personnes venues du monde entier, sans discrimination de croyances, de couleurs ou de nationalités, pour œuvrer ensemble à l’édification d’une ville universelle, sans liens avec l’argent, la politique ni avec aucune religion, un lieu d'harmonie et d'unité où chacun aurait sa vraie place en fonction de ses vraies capacités. Les Aurovilliens tentent de concrétiser ce rêve dans la chaleur moite du Tamil Nadu, la province du sud-est de l'Inde qui borde le Golfe du Bengale. Depuis près de cinquante ans, les habitants d'Auroville vivent cette utopie au quotidien. Un rêve qui vire souvent au cauchemar peuplé de conflits internes, de débats interminables et de multiples contradictions et paradoxes. L'expérience d'Auroville échappe aux modèles et aux normes.
Le Matrimandir
Les plans de la ville ont été conçus par l’architecte français Roger Anger entre 1968 et 1972 sous la direction de la Mère. La maquette représente une galaxie sous forme de spirale qui se développe autour du Matrimandir, l’édifice central symbolisant l’âme de la cité. Le Matrimandir, immense construction en forme de sphère, renferme la salle de méditation (the "Inner chamber") où l'on vient méditer dans une ambiance de science fiction : silence total, atmosphère réfrigérée, décor immaculé et abstrait autour d’une sphère de verre éclairée verticalement par le soleil et de 12 colonnes de marbre blanc. On se croirait presque dans une scène du film "Star wars"...

C’est quoi être Aurovilien ?
En plus du plaisir de retrouver cet ami (qui m’a servi de guide surtout durant les premiers jours), j’ai décidé d’aller « interviewer » quelques auroviliens afin de comprendre ce qu’est Auroville et qu’est-ce qui motive tous ces gens pour venir y vivre. J’ai eu la bonne surprise de constater que mes interlocuteurs n’étaient pas les illuminés ou les doux rêveurs que j’imaginais, mais plutôt des gens avec la tête sur les épaules, des travailleurs, des gens qui souhaitent partager de nobles valeurs et un zeste de spiritualité pour essayer de construire ensemble un monde meilleur. Auroville est un endroit et une philosophie intéressants pour des personnes motivées et surtout qui ont banni le mot "compétition" de leur vocabulaire et de leur vie. Mais il faut savoir l'apprivoiser et l'aborder avec beaucoup d'humilité.
Ses détracteurs affirment qu’Auroville est peu à peu devenu « un vaste écovillage spirituel pour occidentaux nantis en mal de destination exotique » : personnellement je n’y ai pas séjourné suffisamment longtemps pour pouvoir me faire ma propre opinion, mais il n’est pas impossible que certains Auroviliens correspondent à cette définition. Comme je l’ai souvent entendu lors de mon séjour, il existe plusieurs types d’Auroviliens : certains sont plus versés sur la spiritualité, d’autres plus dans le concret, certains sont très ouverts sur l’Inde et les indiens, d’autres pas… Mais je me dis qu’un peu de diversité ne nuit pas, du moment qu’on est entre gens pleins de bonne volonté qui souhaitent faire avancer les choses.
Juridiquement parlant il existe 3 statuts différents pour qualifier les gens qui séjournent à Auroville :
- les Auroviliens, qui habitent de façon permanente à Auroville et qui ont un visa spécial de 5 ans renouvelable
- les « new comers » (terme officiel), qui effectuent une année de probation avant de postuler pour devenir des Auroviliens
- les « guests » (terme officiel), qui sont soit comme moi des visiteurs de courte durée, soit des « Auroviliens à temps partiel » qui passent 3 à 6 mois par an à Auroville (pour faire soit du volontariat soit un travail rémunéré) et qui rentrent chez eux le reste de l’année ; ces « Auroviliens à temps partiel » ne sont pas toujours très bien vus de la part des Auroviliens qui résident ici toute l’année et qui estiment qu’être Aurovilien c’est faire le choix de vivre totalement en Inde, y compris lorsqu’il fait 40 à 45 degrés (mai et juin) ou quand il y a la mousson (pluies torrentielles).


Devenir Aurovilien
Ne devient pas Aurovilien qui veut. S’il n’est pas nécessaire d’être un disciple de Sri Aurobindo ou de la Mère pour être admis, le lieu ne convient pas longtemps à ceux qui n’en partagent pas la philosophie. Le candidat à l’admission est d’abord invité à venir en tant que « Guest » (hôte) pour un minimum de trois mois, au terme desquels il pourra présenter sa demande à l’Entry Group, chargé d’évaluer sa motivation à contribuer à « l’avènement de l’unité humaine ». Suit une période d’un à deux ans où le candidat devenu « Newcomer » devra s’intégrer à la communauté. A la fin de sa période probatoire, le nouvel Aurovilien pourra ajouter son nom au registre de la ville.
Pour en savoir plus sur la procédure à suivre, voir la page concernée du site officiel d'Auroville.

Alors comment ça s’est passé pour toi ces 10 jours à Auroville ?
Je n’ai pas été déçu par ma décision de passer quelques jours dans cet endroit très particulier. Je logeais dans la même guest house que mon ami français, près du centre. Tous les matins je suis allé méditer 45 mn dans l’incroyable salle de méditation du Matrimandir. Le reste du temps je discutais avec des Auroviliens et avec mon ami et j’essayais de comprendre la philosophie de cette ville unique au monde. Ajouter à cela quelques sorties plage, un cours de yoga et une visite organisée du jardin botanique.
Après les premiers jours qui ont été quelque peu déconcertants (difficulté à comprendre le pourquoi du comment et à me repérer géographiquement dans cette « ville-forêt »), Auroville m’a peu à peu touché, Auroville m’a peu à peu charmé. Même si certaines choses ne me plaisent pas, comme l’obligation de devoir se déplacer plusieurs fois par jour à scooter pour aller d’un endroit à un autre (je trouve qu’Auroville gagnerait à se doter d’un véritable « centre-ville », alors que la dispersion actuelle des sites génère des pertes de temps en transports et favorise moins les rencontres).

Auroville vue du ciel

Un rapport à l’argent différent
Dès 1965, la Mère écrivait : « Auroville n’aura de relations avec l’argent que pour ses échanges avec le monde extérieur ». Les pionniers ont tenté d’appliquer ce principe à la lettre. A Auroville on essaie donc d’instaurer un rapport non-marchand et collectif à l’argent, et non pas individuel comme presque partout ailleurs dans le monde. Ainsi, par exemple :
- lorsqu’on achète une maison ou un appartement à Auroville et qu’on décède ou qu’on décide de quitter Auroville, cette maison ou cet appartement redevient la propriété d’Auroville (heureusement les sommes en jeu ne sont pas énormes puisque l’immobilier y est environ 15 fois moins cher qu’à Paris !)
- il existe un petit supermarché bio réservé aux Auroviliens et aux New comers, dans lequel chacun paie un forfait mensuel et achète ce qu’il veut sans rien payer à la caisse (il y a cependant un système de contrôle de ce que chacun achète afin d’éviter les éventuels abus)
- les Auroviliens et les Newcomers qui travaillent sous contrat avec la municipalité d’Auroville reçoivent un salaire mensuel (appelé « maintenance ») de 12 000 roupies (environ 180 euros) ce qui leur permet de vivre modestement ; en contrepartie ils ont droit à des prestations gratuites (ex. recevoir des soins de bien-être au Quiet healing center) et paient moins cher que les extérieurs la nourriture dans les restaurants ; c’est ici que l’idéal communautaire se heurte à la réalité, car ce faible salaire oblige souvent les résidents à compléter leurs revenus par des petits boulots, des coups de pouce de la famille, voire des retours au pays pour travailler et renflouer les comptes
- les guests paient une taxe journalière sur l’hébergement (100 roupies par jour) et la nourriture (+ 25% environ par rapport au prix que paient les Auroviliens), qui permet de financer les services publics (l’entretien des routes, de la forêt, l’approvisionnement en eau et en électricité, etc.) ; les Auroviliens qui travaillent pour leur compte paient également une taxe.
Les gens se retrouvent ici pour réaliser des envies ou des objectifs qui sont impossibles autre part dans le monde, dans un système basé uniquement sur les relations marchandes.

Quoi d’autre d’intéressant à Auroville ?
A Auroville il y a une vraie vie culturelle, notamment un cinéma (avec des films en français !), une superbe salle de spectacles et de concerts, une vidéothèque, des expositions de photos et de peintures, etc. La nourriture servie dans les restaurants y est variée (indienne, française, italienne, sud-coréenne…) et souvent délicieuse. Et pour se baigner il y a une piscine ainsi que la mer à 2 km, même si les plages locales ne valent pas celles de Goa, Gokarna ou des îles Andaman. Sans oublier la sympathique petite ville de Pondichéry à 10 km avec son quartier colonial français. Bref pour la qualité de vie Auroville c’est un bon choix, à condition de supporter les fortes températures de mai-juin ainsi que la mousson, mais il paraît qu’on finit par s’y habituer, dixit des anciens…
Pour en savoir plus, Tripadvisor consacre une page aux avis donnés par les voyageurs sur les hôtels, restaurants et activités à faire à Auroville. Même si Auroville se refuse à être une destination touristique, c'en est une quand même, et son équilibre financier en dépend en bonne partie...


Ce qu’Auroville n’est pas
Auroville n’est ni une station balnéaire ni un club de vacances : les gens sont là avant tout pour travailler dans le cadre d’une démarche spirituelle. D’ailleurs afin d’éviter des dérives « touristiques », le visa spécial de 5 ans attribué aux résidents permanents d’Auroville ne leur permet ni de quitter l’Inde plus de 3 mois par an, ni d’effectuer plus de 3 séjours à l’étranger par an.

Comment se rendre à Auroville ?
Auroville est située en Inde du sud, dans l’Etat du Tamil Nadu, à 10 km au nord de Pondichéry (25 mn en bus puis 10 mn en autorickshaw) et à 3 heures de Chennai (environ 3 h en bus puis 10 mn en autorickshaw). Il est conseillé de se rendre directement au Visitors Center, ou bien à sa guest house si on a déjà réservé un hébergement.

Ce que j’ai apprécié à Auroville
J’ai apprécié l’ouverture d’esprit et la gentillesse des gens que j’ai rencontrés, leur envie de donner le meilleur d’eux-mêmes pour construire un monde meilleur. A Auroville plus qu’ailleurs on trouve de la solidarité, de la fraternité, de l'entr'aide, de l'empathie, de la créativité (artistique ou architecturale) et de l'inventivité. J’ai apprécié de vivre au contact de la nature (Auroville est une "ville-forêt"). J’ai apprécié de pouvoir pratiquer la méditation dans la superbe salle du Matrimandir, sans oublier la richesse des activités culturelles, la possibilité de pratiquer facilement toutes sortes d’activités telles que le yoga, la musique, etc. Un petit journal hebdomadaire ("News & Notes") bien pratique est distribué dans les résidences et est disponible sur le site internet. Enfin, le fin gourmet français que je suis a apprécié la variété et la finesse de la nourriture servie dans les différents restaurants…

L'architecture "années 70" de Roger Anger
Une "rue" typique d'Auroville...






Le botanical garden


Le botanical garden











Mes conseils aux personnes qui seraient intéressées par un court séjour à Auroville
Il faut savoir que 2-3 jours ce n’est pas assez pour découvrir Auroville, 10 jours c’est bien, un mois c’est mieux (ça laisse le temps de faire un peu de volontariat et de bien s’imprégner de l’endroit). C’est mieux de loger près du centre (même si c’est un peu plus cher) – quand je parle du centre je parle du carré Matrimandir / Visitor center / Services administratifs / Solar Kitchen - car sinon on passe à côté de plein de choses et de plein de gens… et on passe sa vie sur son scooter à avaler des km et de la poussière… On peut facilement se déplacer en faisant du stop ou en vélo, mais l’idéal est de louer un scooter (tarifs très abordables, moi j'avais une vieille mobylette automatique à 50 roupies par jour, sinon le scooter c'est 100 roupies par jour). Tripadvisor consacre une page aux avis des voyageurs sur les hébergements à Auroville.
Le Visitors Center

Le mot de la fin…
Ce séjour à Auroville a été l’un de mes gros coups de cœur de cette longue étape indienne, ça m’a fait beaucoup de bien, et il n’est pas impossible (pour ne pas dire très probable) que je me rende à nouveau à Auroville dans le futur. Voire même… la tentation de vivre un jour à Auroville ? Oui je ne l’exclus pas, car on y fait vraiment des choses très très intéressantes et on y rencontre plein de gens formidables.
 
Le Matrimandir
Le Visitors Center
La Solar Kitchen

 Quelques sites web ou blogs utiles
Auroville — Wikipédia
Le site officiel d'Auroville (en anglais, en partie traduit en français)
Auroville travel guide - Wikitravel (en anglais)
Auroville, la naissance d’une utopie (excellente analyse dans ce blog)
Auroville: une Inde utopique mais vivante
Auroville, trente ans d’utopie au quotidien
Auroville, Inde


Pour en savoir plus : quelques extraits de blogs consacrés à Auroville

Les extraits de blogs ci-dessous correspondent à ce que j’ai vu, entendu ou ressenti durant mon séjour à Auroville, ils expriment donc tout à fait ce que je pense d’Auroville.



Auroville: une Inde utopique mais vivante
« La possibilité de quitter la consommation à outrance pour un lieu basé sur l’échange, plus que sur le commerce. La rencontre entre les hommes plus que la foule anonyme. »
« Auroville est une oasis de calme au milieu du bruit ; une alternative sociétale hors des carcans du monde capitaliste. »

« Bien sûr, la cité n’est pas toute rose, et on est loin du monde utopique imaginé à l’origine. Mais la cité est encore jeune. Elle résiste, cherche, innove, et montre au monde entier, sclérosé par une crise économique sans précédent, qu’un autre monde est possible. C’est sa raison d’être. »

Auroville. L'utopie à l’échelle d’une ville !
« Auroville est une cité expérimentale pensée par la fameuse Mère et dont le projet a débuté en 1968. L'idée étant de créer un lieu international où tous pourraient vivre en paix, un lieu qui n'appartient à personne ni a rien en particulier pour appartenir à tous. Organisations morale et structurelle ont été pensées et, malgré quelques soucis de financement, la cité utopique tourne. Elle est construite autour du Matrimandir, une énorme sphère recouverte de panneaux dorés qui abrite le centre de méditation. Autour s'égrainent des communautés où indiens et ressortissants de 40 autres nationalités vivent et travaillent par "secteurs" : agriculture (bio), artisanat en tout genre, éducation, santé, recherche (nouvelles technologies, énergies nouvelles...)... Le site est entouré de villages tamouls.
Un certain nombre de préceptes humanistes et spirituels régissent Auroville et chaque candidat à l'installation ici doit s'en prévaloir. Certains sont un peu obscurs, comme la "conscience divine" qui cohabite avec l'absence de religion dans cette expérience utopiste... »

Inde : Auroville
« Au sud de l’Inde existe un lieu qui n'appartient à personne en particulier ; une cité idéale, noyée dans une forêt tropicale, habitée par d'étranges chercheurs venus des quatre coins de la planète pour suivre un rêve... Auroville.
Créée en 1968, Auroville émane d'un rêve, celui de Mira Alfassa, plus connue sous le nom de la "Mère" qui fut la compagne spirituelle du philosophe indépendantiste Sri Aurobindo. « Il devrait y avoir quelque part sur terre un lieu qu'aucune nation ne pourrait revendiquer pour sa propriété exclusive, où tous les êtres humains de bonne volonté, sincères dans leur aspiration, pourraient vivre librement en citoyens du monde, obéissant à une seule autorité, celle de la Suprême Vérité... »
Auroville, située à 10 km de Pondichéry, est aujourd’hui, sous la protection du gouvernement indien et de l’UNESCO. Auroville est unique : pas de religion, pas de nationalité, pas de politique, cette ville internationale se propose d'avoir un jour 50.000 habitants. Actuellement un peu plus de 2 300 Auroviliens (dont la moitié sont des indiens) originaires de 51 pays vivent et travaillent dans cette ville-forêt. Ces terres sont devenues une base d'expérimentation en matière d'intégration sociale, de reforestation, de préservation de l'eau, d'énergie solaire, de conservation des sols et d'agriculture organique. »

Auroville, drôle d'endroit pour une visite
« Auroville ? Mais si, souvenez-vous, cette communauté utopique internationale fondée en Inde en 1968, en pleine époque hippie, par la Mère, compagne spirituelle de Sri Aurobindo, fondateur du “yoga intégral”.
Située sur la côte de Coromandel, dans le Tamil Nadu, à une dizaine de kilomètres au nord de l’ancien comptoir français, la “cité de l’Aurore” se voulait être “une ville universelle où hommes et femmes de tous pays pourraient vivre en paix et en harmonie progressive au-delà de toute croyance, de toute politique et de toute nationalité” et dont le but était de “réaliser l’unité humaine”. Ce vaste programme répondait à un rêve fait dès 1954 par celle que l’on appelle la Mère, de son vrai nom Mirra Alfassa, née à Paris en 1878 d’un père turc et d’une mère égyptienne. Cette artiste peintre, élève de Gustave Moreau et épouse de l’impressionniste Henri Morisset, rencontre Sri Aurobindo lors d’un voyage à Pondichéry en 1914. Ce n’est que six ans plus tard qu’elle le rejoint pour s’installer à l’ashram, dont elle prend les rênes en 1926, après que Sri Aurobindo eut décidé de se retirer du monde pour se consacrer à sa quête intérieure. Aujourd’hui encore, il est impossible de faire un pas à Pondichéry sans apercevoir les portraits du philosophe et de la Mère qui trônent dans nombre d’échoppes ou de points Internet.
Il faut s’armer de patience et d’une carte détaillée pour rejoindre Auroville depuis Pondichéry. Même équipé de plans, il y a de fortes chances pour que vous vous égariez dans le dédale des routes et des chemins de cette cité perdue dans la jungle et bâtie selon un schéma urbain en forme de galaxie. C’est d’ailleurs l’objectif plus ou moins avoué. On ne veut pas de touristes. Pas question de devenir le Goa de la côte Est ! Alors histoire de compliquer la tâche des visiteurs, les panneaux indicateurs sont réduits au strict minimum. Et quand vous avez l’audace de le faire remarquer aux Auroviliens chez qui vous arrivez après une bonne demi-heure d’errance, ils vous répondent d’un air évasif : “Ah bon ?!”
Une fois remis de ses émotions, le visiteur peine à se faire une idée objective de l’endroit où il se trouve. Il risque d’être déconcerté à la vue de ces Occidentaux, cheveux au vent sur leurs motos, qui ont l’air d’être en vacances permanentes. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Et de quoi vivent-ils ? “En fait, il y a autant d’Auroville que d’Auroviliens”, commente Cécilia, une Française arrivée ici en 1994. La jeune femme habite une magnifique maison entourée d’un somptueux jardin tropical, située dans la Ceinture verte, à la fois zone tampon entre l’intérieur et l’extérieur, et poumon de la ville. Après avoir travaillé dans les deux écoles maternelles de la collectivité, elle anime à présent un atelier d’expression par la peinture selon la méthode d’Arno Stern. Son mari, lui, à l’exemple d’autres entrepreneurs d’Auroville, a créé une société d’architecture acoustique, active dans toute l’Inde, dont il reverse plus du tiers des revenus à la communauté. Les Occidentaux d’Auroville font partie d’une classe plutôt aisée… »
« Parmi la population étrangère, les Français sont les plus nombreux – un phénomène lié probablement aux origines de la Mère et au passé colonial français de Pondichéry –, suivis des Allemands, des Italiens, des Néerlandais et des Américains. Malgré les faibles effectifs, les nouveaux venus doivent attendre plusieurs années avant de pouvoir s’installer dans leur propre habitation. Le site souffre en effet d’une pénurie de logements. Avec une superficie totale de 20 kilomètres carrés, ce n’est pourtant pas l’espace qui manque. La ville est bâtie autour du Matrimandir, une sphère de 29,5 mètres de haut et de 36 mètres de diamètre, recouverte de disques d’or, qui se veut à la fois “l’âme d’Auroville” et son cœur géographique. Commencé en 1971 d’après les plans de l’architecte français Roger Anger, ce lieu de méditation silencieuse se compose d’une chambre intérieure de marbre blanc, ornée en son centre d’un globe de cristal de 70 centimètres de diamètre, et de douze pétales de pierre renfermant autant de salles de méditation. À l’intérieur, ni fleurs ni encens. Les lieux sont dénués de toute décoration ou icône religieuse, conformément aux instructions de la Mère. L’accès y est strictement réglementé. Même le site d’observation du Matrimandir, situé dans les jardins environnants, requiert l’obtention d’un laissez-passer auprès du Centre des visiteurs.
Cependant, ces codes, principes et autres règlements qui régissent la vie de la communauté ne doivent pas occulter les prouesses technologiques réalisées par les Aurovilliens. Le tout dans un souci de développement durable et de respect de l’environnement. La naissance même de la cité s’est accompagnée d’une vaste opération de reforestation. Difficile d’imaginer que la jungle luxuriante qui entoure le site aujourd’hui n’était, au départ, qu’un vaste plateau désertique. La terre était alors si érodée qu’elle était dure comme de la pierre. Il a fallu créer un réseau de talus, de réservoirs et de barrages pour retenir l’eau qui, en cette région battue par la mousson, se fait ou trop rare ou trop abondante. Une fois le cycle de l’eau maîtrisé, la replantation pouvait débuter. Au fil du temps, le désert a cédé la place à une flore caractéristique des forêts tropicales sèches. L’anacardier y occupe une place de choix. Son fruit, la noix de cajou, est une denrée précieuse en Inde, qui en est le premier producteur mondial.
Dès le début, Auroville, par le biais de son Centre de recherche scientifique (CSR), a misé sur l’écologie et les énergies renouvelables. Une trentaine d’éoliennes et une centrale électrique solaire assurent une partie de l’approvisionnement énergétique de la communauté. Pour la construction des édifices du site, le CSR a perfectionné l’utilisation du ferrociment, matériau peu coûteux et très résistant. Il a également élaboré un procédé de fabrication de briques en terre compressée non cuite, moins chères, plus écologiques, plus imperméables à la mousson et antisismiques. Dans les cuisines, on a recours au biogaz, issu de la bouse de vache. Et à la Cantine solaire, qui sert quelque 700 repas par jour à un prix dérisoire, un concentrateur solaire, composé de 1 100 petits miroirs posés sur une structure en ferrociment, permet de cuisiner à la vapeur. L’agriculture y est biologique et alimente la banque de graines d’Annadana, un vaste réseau de production, de conservation et d’échange de semences en Inde et en Asie du Sud. Cette association s’est fixée pour mission d’aider les petits paysans à retrouver leur autonomie semencière, de lutter contre l’érosion de la biodiversité et de combattre la malnutrition en favo-risant le développement de la culture potagère.
On l’aura compris, Auroville veut servir de modèle aux futures générations. Un modèle écologique mais aussi humain, “un pont entre le passé et l’avenir” comme il est écrit dans sa charte constitutive. “Auroville est une expérience qui continue à grandir, une aventure difficile à expliquer sans paraître prétentieux ou nébuleux”, conclut Anne, de l’équipe d’Outreach, chargée des relations avec les médias. »

Reportage à Auroville, une cité utopique en Inde
« Auroville est un exemple de développement durable. Rien que sa création a nécessité une gigantesque opération de reforestation. Les énergies vertes sont très présentes: il n'est pas rare de croiser des éoliennes et des panneaux solaires en se promenant. L'agriculture est bien sûr biologique, et enfin Auroville comprend également un Centre de Recherche Scientifique qui a mis au point des matériaux de construction peu coûteux et résistants, ainsi qu'un système de filtrage d'eau commercialisé dans le monde entier. »
« Il est difficile de s'empêcher de voir un côté néocolonialiste dans tout ça. Si Auroville prône l'égalité entre les Hommes, ce sont les Indiens que nous voyons faire les tâches ingrates: ce sont eux qui arrosent les jardins du Matrimandir en plein après-midi, ce sont eux qui s'occupent de la sécurité, ce sont eux qui construisent les bâtiments... pendant que nous croisons les Aurovilliens sur leurs motos et dans les restaurants. Qu'on le veuille ou non, une hiérarchie s'est installée. »

Auroville, 40 ans après
« 1968, près de Pondichéry. Une poignée d’Occidentaux fait le pari de vivre sans nationalité, sans politique, sans religion et sans argent, et de donner naissance à une nouvelle humanité. »
« Comment découvrir en visiteur un lieu qui n’est pas à visiter ? Comment espérer dénicher l’intérieur quand c’est l’extérieur qui se montre à vous ? »
« Je vais découvrir Auroville, la cité de l’aurore. Je m’attends à voir se matérialiser le « plan en galaxie » de l’architecte français Roger Anger dont j’avais vu la maquette futuriste sur Internet, une ville en spirale conçue pour accueillir 50 000 habitants. Contre toute attente, nous nous enfonçons dans la forêt. A la place de la ville utopique ont poussé une profusion d’espèces tropicales, quelques huttes au toit de chaume, des maisonnettes dissimulées dans le branchage, des villas cossues avec jeep et gardien. Un habitat dispersé, regroupé en petites communautés aux noms évocateurs, Aspiration, New Creation, Certitude, Courage… Nous marchons à la recherche d’une place, un café, un lieu pour contempler la foule. Mais rien, longtemps. Bondissant entre les eucalyptus, des motos s’élancent sur les pistes de latérite. Les Auroviliens frappent par leur beauté et leur métissage. Au cœur de la forêt, dans un parc à l’accès protégé, repose un immense globe doré, le Matrimandir, temple de la Mère. La vision me fascine et me met mal à l’aise. Difficile de pénétrer ce lieu et sa philosophie sans le réduire à la secte qu’il n’est pas, à la communauté hippie qu’il n’est plus, la cité du futur qu’il n’est pas encore. »
« Le Rêve de « Mère » : 28 février 1968, dans un désert rouge. Les représentants de 120 nations déposent une poignée de leur terre natale dans une urne blanche en forme de fleur de lotus. La voix tremblante de Mira Alfassa (que ses adeptes appellent « Mère »), compagne spirituelle du yogi Sri Aurobindo, s’élève dans l’air brûlant. « Auroville n’appartient à personne en particulier, Auroville appartient à toute l’humanité dans son ensemble… » Maisons, routes, écoles, tout est à construire. Mais déjà, des hippies du monde entier sont venus consacrer leur énergie à la réalisation d’« un lieu de paix, de concorde et d’harmonie. »
« Aujourd’hui, à Auroville, une frontière se dessine entre les anciens et les modernes, ceux qui ont connu la Mère et les autres, et se pose la question de l’héritage : les plus jeunes persisteront-ils à vouloir réaliser son idéal ? »
« Cette forêt qu’ils ont plantée, œuvre colossale et émouvante, est un exemple de ce qu’Auroville a produit de meilleur. Elle a permis de refertiliser les sols et représente l’espoir d’un remède contre la désertification. »
Le Quiet Healing Center
« Le Quiet healing center : en 1968, un hôpital de l’amour / en 2008, un spa de luxe. Dans les années 60, Mère venait marcher sur cette plage et disait que l’atmosphère était thérapeutique. Elle pensait que ce serait un bel endroit pour un hôpital de l’amour », explique Dodo, physiothérapeute. Les soins dispensés sont gratuits pour les Auroviliens. Le centre vit des recettes d’un tourisme de bien-être pour des Occidentaux férus de médecines douces. Au menu : watsu, biorésonance, lit musical, ka huna… »
« Déjeuner à la Solar Kitchen, la cantine d’Auroville. La population a beau être métissée, on voit surtout des blancs à table, et des Indiens derrière les casseroles. Le bon côté des choses : Auroville crée de l’emploi pour les populations environnantes. Ici, la nourriture (bio) est cuite à l’aide d’un « concentrateur solaire sphérique ». L’engin, un bol de 15m de diamètre, est orné de milliers de miroirs dans lesquels se concentre la chaleur du soleil, qui transforme l’eau d’une chaudière en vapeur. Ecologique et économique. »

Blog : Vishnu, Gandhi et 1,2 milliards d'indiens
Cela commence par un rappel sur les principes : « La recherche spirituelle, en dehors de toute religion, se concentre dans le Matrimandir, centre et lieu de méditation d'Auroville. C'est l'âme de la cite. Le bâtiment principal est une sphère aplanie de 36 m de diamètre. Un cristal de 70 cm de diamètre (le plus gros cristal d'une pièce au monde) trône au centre de la "Pièce intérieure", endroit conçu par la Mère "pour la concentration et pour essayer de trouver sa conscience". Dans le hall du globe, tout est blanc ; il n'y a ni fleur, ni encens, ni musique car la Mère ne voulait pas que ce soit un lieu typiquement religieux. »
Puis c'est un avis avisé qui est donné sur le devenir de cette communauté : « Le travail réalisé par les premiers Aurovilliens est époustouflant. Partis de rien, sur une terre rouge, nue, sèche, stérile, ils ont réussi à bâtir une véritable oasis. Des milliers d’arbres et autres végétaux ont été plantés ces 40 dernières années, afin de créer une cité hors du commun, où la nature est omniprésente, où la nature est sinon l’âme d’Auroville, elle en est le coeur, l’essence. Ensuite, les hommes ont pu bâtir des résidences, des lieux communautaires (cuisine solaire, magasins, boulangeries...), des écoles, etc. La ville est en fait une grande forêt parsemée de lieux de vie, qui s’y intègrent parfaitement, qui s’y cachent bien même parfois. Des routes, des sentiers, des passages parcourent Auroville. Aucun enrobage, aucun bitume. Un plan (en vente au Visitors Center) permet de repérer les bâtiments publics, les "guest houses" (maisons d’hôtes), les communautés, et autres.
Le vélo est privilégié comme mode de déplacement ; toutes sortes d’aménagements ont été prévus a cet effet ; nombreux sont néanmoins les Aurovilliens et les "invités” (guests) à se déplacer en deux-roues motorisés (mobylettes, scooters, motos). Un mode de transport en commun est à l'étude.
Les panneaux solaires sont légion, la Cuisine Solaire, comme son nom l’indique, fonctionne à l’énergie solaire, l’eau est filtrée et dynamisée, et toutes les fermes sont biologiques, fournissant les diverses échoppes de la ville. Malheureusement, Auroville est encore loin d’être auto-suffisante en produits agricoles.
Ce fut, c’est un énorme chantier, et certaines étapes ont été particulièrement difficiles, notamment quand est survenu le sujet de l’éducation scolaire des enfants. La structure, les professeurs, le type d’éducation, la coexistence d’enfants de langues maternelles très diverses (dès le début a été décidé l’accueil des enfants des villages voisins)... de nombreux dilemmes ont dû être résolus, et ça a demandé de nombreuses années.
Aujourd’hui, la ville compte une crèche (Kindergarten) et 6 écoles.
Ce n’est que le début, il reste beaucoup à construire, des décisions restent à prendre quant au développement, à l’organisation "urbaine” d’Auroville entre autres. Une route (Crown Road) faite de sortes de pavés octogonaux est en construction, et la consultation continue. Jusqu’à maintenant, toutes les voies étaient en terre battue ; l’aménagement urbain débute tout juste.
Les gens qui viennent vivre a Auroville aspirent à une vie plus simple, proche de la nature, respectueuse de l’environnement et des autres, moins matérialiste, accompagnée d’une recherche spirituelle.
Tout n’est pas parfait, beaucoup reste à faire, mais les Aurovilliens sont sur le bon chemin (selon moi).
Lorsqu’une communauté, une ville commence à prendre de l’ampleur, à mûrir, elle se trouve forcément confrontée à certaines difficultés, a certains conflits d’idées, de concepts. C’est ce qui se passe à Auroville. »

Les tribulations d'Antoine: 4 - Dans la bulle d'Auroville
« Après un détour par Madras pour récupérer moto et appareil photo en état de marche, j’arrive dans la nuit à la communauté d’Auroville, sur laquelle je dois réaliser un sujet pour Libération. C’est la première fois que je bosse pour Libé, il s’agit que ça marche. Avant de quitter Paris, j’ai cherché quelques infos sur le Net. Auroville est une cité utopique se voulant un exemple pour le monde afin de réaliser l’unité entre les hommes, on peut difficilement faire plus louable. Pourtant, les avis sur les blogs et sur les forums étaient très partagés. Certains parlaient d’une ambiance bizarre, avec un culte de la personnalité autour de la Mère, la fondatrice de l’ashram.
Les Aurovilliens me semblent pleins de bonne volonté. Ils sont venus pour réaliser leur rêve d’une société meilleure : imaginez-vous une forêt constellée de communautés et de maisons individuelles, avec en son centre une gigantesque boule de golf dorée où les gens viennent se recueillir en silence devant un énorme cristal traversé par un rayon de soleil tombant du plafond à la verticale, une douzaine de mètres plus haut. A la base, Auroville est un projet spirituel. En gros, il est le fruit des recherches du philosophe indien Sri Aurobindo sur le « yoga intégral », qui associe l’esprit et la matière afin de réconcilier l’homme avec le « Divin » qu’il porte en lui.
Sa compagne, une Française nommée Mira Alfassa mais que tout le monde ici appelle respectueusement « la Mère », s’appuya sur ces travaux pour poser les fondations d’Auroville. Tous les Aurovilliens n’adhèrent probablement pas à 100% à la pensée de Sri Aurobindo, mais la plupart d’entre eux l’ont bien étudié et tous semblent être au moins investis dans une recherche spirituelle. Son portrait, et plus encore celui de la Mère, dont le nom revient sans cesse dans les conversations, trône sur tous les édifices publics. J’ai beau savoir qu’il est courant en Inde d’honorer ainsi les grands gourous, j’ai un peu de mal avec cet étalage de dévotion.
Il n’empêche que je suis impressionné par les projets menés ici. Certains Aurovilliens tiennent des fermes biologiques, où ils tâchent de ne pas aller contre la nature. Ils labourent au minimum, ne taillent pas leurs plantes et bien sûr ils n’ajoutent ni engrais ni compost. Les écoles expérimentent des systèmes offrant une grande liberté aux enfants qui m’intéressent personnellement, car je voue une discrète mais tenace rancœur aux Jésuites qui ont encadré mon adolescence. Un architecte supervise un centre de recherches, qui travaille sur l’application à moindre coût des dernières innovations en matière d’architecture durable. Il développe des techniques de moulage de briques crues, de traitement des eaux usées et d’exploitation de l’énergie solaire, tous ces procédés étant également exportés vers les pays en développement. La cantine d’Auroville est le symbole de la vocation de laboratoire du projet, avec sa structure en briques et son gigantesque concentrateur solaire, qui produit suffisamment de vapeur pour préparer chaque jour près de mille repas. Je vous passe les efforts de reforestation, les programmes en direction des handicapés, les projets de codéveloppement des villages alentour… Plus tous les ateliers new age et les soins de médecine douce. A Auroville, les gens essaient de vivre mieux et c’est palpable un peu partout. Les lieux publics ne proposent pas d’alcool et sont tous non fumeurs, y compris en extérieur. J’assiste d’ailleurs à une fête assez étonnante, où deux cents jeunes dansent toute la soirée en ne buvant que du jus de fruits bio.
Avec leur quête éperdue de spiritualité et de bonne santé, je trouve les Aurovilliens très touchants. A l’auberge de jeunesse où j’ai pris pension, je rencontre un paquet de jeunes sympas, très ouverts aux philosophies orientales. Mais ça n’a pas l’air de les déranger d’avoir traversé la moitié de la Terre pour se retrouver dans une petite bulle occidentale toute proprette au milieu du pays le plus fou qui soit. Moi par contre, j’ai du mal. Il ne me faut pas plus de quelques jours avant d’avoir une furieuse envie de faire des bêtises. Je me dis qu’il doit bien y avoir quelques punks dans la jeunesse locale qui doivent ressentir les mêmes pulsions. Mais sapristi, ces vieux libertaires d’Aurovilliens ont tout prévu, y compris un « youth camp » où la jeunesse peut se défouler, mais toujours à l’intérieur de la cité pour que ça reste sous contrôle.
Je me mets grave la pression pour mon enquête, probablement un peu trop d’ailleurs, car je récolte une tonne d’infos que je n’utiliserai pas. Résultat, je ne profite pas des ateliers proposés. C’est dommage, j’aurais volontiers essayé la capoeira, la danse contact, l’équitation sans mords ou le tai chi, et surtout je me serais bien initié à la méditation. J’accroche quand même un cours de yoga, mais vraiment c’est trop statique et douloureux pour moi. Je suis plus à l’aise pendant mon heure de watsu, où une femme me manipule avec une extrême douceur dans une piscine. J’ai d’ailleurs la grande surprise, en ouvrant les yeux entre deux immersions, de tomber sur ma cousine Marion qui est venue de Paris pour apprendre cette technique. »
Commentaire :
« De ce que je connais d'Auroville pour y être passé, c'est que qualifier cet endroit de "laboratoire utopique" est un raccourci pour rendre plus accessible le truc à nos esprits d'occidentaux rationalistes. Ce projet typiquement "New age" est soutenu moralement par l'Unesco et le gouvernement indien. Sri Aurobindo est un personnage reconnu en Inde, notamment un des héros de l'indépendance.
Les gens ouverts et de bonne foi vivent là-bas des coïncidences et des émotions que nous avons du mal à exprimer sans recourir à des tournures de phrase datant d'avant Descartes. Vous avez ainsi rencontré votre cousine "par hasard". En ce qui me concerne, c'est un concours de circonstances qui m'a fait atterrir à Auroville et y rester quelque temps lors d'un voyage d'une année, et c'est le seul endroit de mon périple où je me serais bien vu poser mes valises.
Il est dommage de n'avoir pas expérimenté un peu la méditation là-bas. Personnellement, j'y ai fait un court stage de yoga, qui m'a sans doute permis de vivre cette expérience sensationnelle à l'intérieur du Matrimandir. Ce que j'ai vécu là-bas m'a permis de mieux comprendre le reste de l'Inde, qui ne s'appréhende pas très bien avec Descartes et les autres.
Je comprends que vous n'ayez pas accroché à la lecture de Sri Aurobindo, surtout sans pratique du yoga. Je vous conseille la lecture de la Mère, dont l'origine française produit des tournures de phrases plus accessibles à notre imaginaire. Pour le coup, notre esprit d'européen est sûr de trouver cela complètement dingue, aucun doute possible, et pourtant... »

Dernier recensement à Auroville
« A ce jour vivent à Auroville 2175 personnes, dont 1692 adultes et 483 mineurs. La totalité des nationalités présentent à Auroville est de 46. La majorité est Indienne, soit 916 individus; les Français viennent tout de suite après, totalisant 320 personnes. Malgré cette diversité, cet éventail des horizons culturels, religieux, politiques, sociales, etc., la population aurovilienne vit en harmonie. Une des raisons fondamentale réside dans le fait qu'aucune religion n'y est enseignée ni aucune politique pratiquée. Chacun est libre de croire à ce qu'il veut, même s'il désire pratiquer une religion spécifique, il peut le faire mais en dehors d'Auroville. De même, il peut se marier à l'église de son choix ou à la mairie, mais seulement à Pondichéry.
Dans l'ordre d'importance arrivent ensuite les Allemands (240), les Italiens (111), les Hollandais (80), les Américains (76), les Suisses (49), les Britanniques (46), les Espagnols (35), les Coréens (32), etc, etc...
Il y a des nombreuses années que les Tibétains sont venus s'installer ici. Aujourd'hui ils sont au nombre de 6, peu sans doute, la raison tient certainement au climat dont ils ne sont pas habitués : 40/45° à la plus chaude saison. Par contre les Russes,  après la chute du Mur de Berlin, sont septième sur la liste par leur importance avec un total de 51, les Ukrainiens 15, Slovènes 6, Biélorusses 3, Lettons 2 et Moldave 1.
Les Israéliens ont une bonne place avec 34 personnes. La liste est longue pour citer tous les représentants des différents pays disséminés dans Auroville.
Nous avons coutume de répondre - mi-plaisantant, mi-sérieux - quand on nous demande notre nationalité, que nous sommes Auroviliens. Rappelons un article de la Charte d'Auroville : "Auroville n'appartient à personne en particulier, Auroville appartient à toute l'humanité dans son ensemble."
L'UNESCO a bien compris l'enjeu d'une telle expérience, car par quatre fois elle a invité ses Etats membres à soutenir Auroville. »

Auroville, les indous etc...
« La concentration de gens de bonne volonté est assez impressionnante... Plein de cours, d’ateliers, gratuits, payants, spirituels, techniques, de quelques heures ou de quelques semaines... Le concept d'enseignement perpétuel est vraiment présent : ici on  peut vraiment tout apprendre et au final c'est surtout soi-même que l'on redécouvre, tapi derrière les peurs, frustrations et autres négativités que l'éducation, parentale et scolaire, la société et les medias nous ont imposés... au risque pour certains d'être perdus devant tant d’inconnu...
Nombre de travellers parlent mal d'Auroville car ils pensent que c'est plus "vrai" de dormir dans les poubelles avec les paysans ou d'aller fumer le schillom avec un quelconque guru/baba/sadhu à Benares (Varanasi) et effectivement, c'est plus indien... Ils omettent juste de prendre en compte le fait qu'Auroville est en Inde mais que sa vocation est unitaire et globale... 40 nationalités...
Si je veux l'Inde je vais à Madras (Chennai), mais j'avoue ça ne m'attire pas plus que ça... C'est comme être une mouette perdue au milieu de l'océan, tu n'as pas ta place parce que ce n'est pas le même monde tout simplement, et c'est très bien comme ça!
Je ne suis pas venu pour apprendre aux indiens à jeter leurs ordures dans des poubelles ou leur expliquer que si ils mangeaient avec des couverts ils tomberaient moins malades, j'ai essayé de leur en parler pour voir mais ce sont des choses incompréhensibles pour eux, quiconque s'aventure sur ces chemins rejoue les sombres partitions de l'affreuse symphonie coloniale... Ce n'est pas à nous de les changer mais à eux-mêmes, tout comme en Europe les peuples se sont changés eux-mêmes sans aide extérieure.
La seule conclusion que j'ai pu tirer de ce que j'ai vu de l'Inde c'est qu'ici il n’y a pas grand-chose à faire et que le vrai boulot de transformation doit se faire chez nous en occident si l'on souhaite réellement les aider... L'Inde semble perdue entre traditions écrasantes (femmes esclaves, pas de sexe avant le mariage, pas ou peu de respect intra-communautaire) et le monde globalisé, les motos toutes neuves que les jeunes achètent à crédit sur 10 ans, les téléphones portables dernier cri, etc, etc. C'est un peu l'Europe d’il y a 150 ans je pense, les familles ultra nombreuses, les femmes soumises, pas d'application dans le travail faute de salaire motivant, mais malheureusement surtout pas de bon sens... ce qui donne lieu à de nombreux fous rires quand tu vois par exemple dans un restau 10 serveurs qui s'affairent comme des fourmis mais dont un seul possède le carnet pour noter les commandes, donc ils font la queue patiemment pour lui dicter les plats, pis ils oublient donc ils reviennent vérifier, puis après tu demande une bouteille d'eau, ils te l'amènent mais pas de verres, donc tu demandes des verres mais si tu dis pas combien ils ne t'en amènent qu'un etc, etc, etc. C'est triste pour eux parce que c'est un gaspillage constant et partout de temps et d'énergie... Pourquoi utiliser une brouette quand tu peux faire le même boulot en 10x plus temps en portant 5 briques sur ta tête à chaque aller/retour... Tout le temps des trucs comme ça…
Les indiens ne peuvent pas rivaliser avec nous dans nos domaines, si l'occident est dominant aujourd'hui c'est parce que tout le monde veut l'imiter sans en avoir la culture/mentalité/savoirs-faire etc ; il faut qu'ils soient juste eux-mêmes et fiers de l'être. Ce n'est pas un hasard si 5 ans après les délocalisations informatiques massives beaucoup de boites rapatrient les opérations dans des pays plus occidentalisés... Not the same world, all humans but not the same world, and I like it ! :) »


Aurovilienne de France, ou Française d’Auroville ?
« Il est intéressant de vivre à Auroville, et d’ainsi à la fois devenir Aurovilien ou Aurovilienne, et pourtant en même temps sentir et garder vivantes en soi ses racines d’un autre pays, en l’occurrence la France.
C’est au contact d’une ancienne colonie française, Pondichéry, en Inde du Sud, que je me suis retrouvée vivre pendant pratiquement toute ma vie d’adulte, puisque c’est à Auroville, proche voisine de Pondichéry, que je l’ai vécue, et continue de la vivre.
Auroville elle-même, bien que Cité Universelle n’appartenant à aucun pays en particulier, a un lien étroit avec la France, pour beaucoup de raisons :
– En premier lieu parce que la fondatrice d’Auroville, collaboratrice spirituelle de Sri Aurobindo qui l’avait reconnue comme une incarnation complète de la Mère Divine et pour cette raison l’appelait “La Mère” (née Mirra Alfassa), était Française.
– Le nom que la Mère a choisi de donner à cette future ville est “Auroville”, où “ville” est directement un mot français et “Auro” évoque à la fois l’autre mot français “Aurore”, et le nom de Sri Aurobindo, qui en a été l’inspiration: “Ville de l’aurore d’une Humanité Nouvelle”, et “Ville de Sri Aurobindo”.
– La France a incarné pendant toute une époque l’esprit chevaleresque vrai, et plus tard, à travers ses philosophes, “lumières” du 18ème siècle, a provoqué l’élan de la conscience humaine vers les Droits de l’Homme, à commencer par le “Liberté, Egalité, Fraternité” que la Révolution Française de 1789 a eu au moins le mérite de proclamer.
– Avant d’être remplacée, à l’ère de la commercialisation et de l’industrialisation,  par l’Anglais comme langue internationale,  c’est la langue française qui a joué ce rôle pendant des siècles pour toute l’Europe et plus loin encore, aucune personne même très éduquée ne pouvant se dire cultivée si elle ne parlait pas Français: le Français était le langage de la culture, du raffinement, de la clarté d’esprit.
– C’est pour ces qualités très réelles propres à la langue française qu’elle a été choisie par la Mère comme l’une des quatre langues officielles parlées et enseignées à Auroville, l’Anglais, le Tamil et le Sanskrit simplifié étant les trois autres, pour d’autres raisons.
De fait, après les Indiens, ce sont bel et bien les Français qui sont (tout de même loin derrière les Indiens…) les plus nombreux à Auroville, plaçant la France avant tous les autres pays d’Europe ou d’Occident en général pour la présence en ce lieu universel du futur.
Beaucoup de Français d’Auroville n’ont pas le courage d’apprendre vraiment l’Anglais, ou n’y arrivent pas, si ancrés qu’ils sont dans leurs habitudes linguistiques, et confortables dans la présence d’autres personnes parlant Français pratiquement dans tous les lieux Auroviliens : non seulement les Français proprement dits, mais aussi la plupart des Belges et des Suisses, sans oublier les Québecois !!! D’ailleurs, la Mère elle-même aurait souhaité que dans les bureaux d’Auroville ce soit le Français qui soit utilisé de préférence, pour les circulaires et autres formes de communication ; pour le moment c’est l’Anglais qui a pris le dessus, mais qui sait, peut-être les générations futures, ayant appris le Français dans nos écoles, rétabliront-elles l’usage du Français pour l’administration aurovilienne ?…
Toujours est-il que beaucoup des personnes ne parlant pas Français et arrivant à Auroville ont l’impression d’une prépondérance française, et souvent s’en étonnent, allant parfois jusqu’à s’en plaindre !… Les Indiens, bien que les plus nombreux pris à part, sont un peu noyés dans cette masse diverse venue d’ailleurs et guère indianisée en général ; derrière la politesse de rigueur, ils rient sous cape entre eux de tous ces barbares d’occidentaux, qui évidemment le leur rendent bien… Cet amusement mutuel n’empêche pas la collaboration et l’amitié entre les individus au quotidien, c’est juste le contact d’une culture avec une autre qui génère d’abord l’étonnement !…
Dans celle des quatre Zones d’Auroville que la Mère a appelée la Zone Internationale et qui est dédiée à toutes les grandes cultures du monde telles qu’elles sont en tant que racines profondes de nos diverses civilisations contemporaines et futures (Auroville comprise) un Pavillon de la culture française est prévu dans le contexte du continent Europe, et la petite équipe de ce Pavillon Français anime déjà depuis des années des activités diverses, cinématiques et culturelles en particulier, et garde un contact officiel bien qu’informel avec l’Alliance Française, le Lycée Français et les autres aspects de la présence française à Pondy, dont évidemment le très important Consulat. »

Auroville 1
« En s'approchant du Matrimandir c'est vraiment impressionnant et beau mais l'intérieur est aussi très beau. On rentre dans un immense hall blanc puis on monte des escaliers en spirale. Plus haut on nous prête des socquettes blanches pour rentrer dans la chambre centrale car maintenant tout est recouvert de tapis blancs. On arrive à une immense salle cylindrique soutenue pas de grandes colonnes blanches (mur et colonne sont de marbre blanc) et, au milieu, éclairée par la lumières du soleil une boule en cristal de 90 cm de diamètre. Cette lumière descendant du plafond sur la boule et le silence qui règne créent une atmosphère spéciale qui se prête à la méditation. D’ailleurs tout autour des colonnes il y a des coussins blancs pour s'assoir et méditer. Tout autour de la boule il y des centres de médiations (pétales) oranges et au centre une petite cascade sphérique très jolie aussi.
L'eau est gratuite à Auroville et parfaitement régénérée après filtration par dynamisation.
La cantine d'Auroville s'appelle Solar Kitchen car il  y a un énorme concentrateur solaire de 15m de diamètre sur le toit. Autre point positif d’Auroville : beaucoup de recherches sur les énergies renouvelables et évidemment on voit de-ci de-là des panneaux solaires déjà installés. »


Stage à Auroville (Inde) seule
« Il faut savoir de quoi l'on parle quand on évoque Auroville. Si tu ne rencontres pas les bonnes personnes qui t'expliquent réellement ce que c'est, eh bien tu resteras dans tes questionnements. Et même si il y a des allumés (pas bien méchants, plutôt des vieux babas sur le retour) et que tu retrouves, certes, les mêmes problèmes de voisinage qu'ailleurs (les hommes restent des hommes), même si il y a des gens assez stupides pour se détourner du réel concept de cette ville et qui sont là pour faire du business (ça aussi, il y en a partout), nous avons eu la chance de rencontrer des personnes formidables. »

Installation à Auroville (Inde)
« Chaque Aurovillien vit son aventure comme il l'entend. Il y a bien une charte de base, et bien évidemment tout le monde ne s'y conforme pas strictement. Comme partout, il y a ceux qui trichent, ceux qui sont convaincus de bien faire mais qui sont à côté de la plaque, ceux qui s'en fichent, ... et aussi ceux qui restent dignes et intègres au milieu de tout ça. Un Aurovillien m'avait dit : "bien sûr qu'il y a des Aurovilliens qui ne jouent pas le jeu, est-ce que c'est pour ça que moi je dois arrêter ?". Donc voilà : pose-toi la question de ce que tu vas rechercher à Auroville : des raisons d'être déçus et de mépriser ce projet ? Tu les trouveras ! Des raisons de trouver l'aventure intéressante et de d'en inspirer ? Tu les trouveras !... On trouve ce qu'on cherche ! »

Auroville (Pondichéry) (cliquer pour voir quelques jolies photos de cette "ville-forêt")
« La ville ou plutôt cet immense parc boisé est assez jolie et tout est resté assez sauvage. Seule la route d'accès principale est en pavés (et quelques parties goudronnées), et tout le reste est en terre !!! On ne dirait pas une ville mais un parc ! Et pourtant, caché derrière les arbres on peut voir des maisons, bureaux, écoles, etc. Bon, qu'on soit clair, ces Auroviliens sont en Inde mais ne vivent pas à l'indienne... »

Janaka
« Beaucoup de ceux qui vivent à Auroville et qu'on appelle des "Auroviliens" (avec un seul L.) portent un pseudonyme en rapport avec l'histoire religieuse, philosophique, spirtuelle et historique de l'Inde. Ainsi les Karl, Jacques, Gérard, Heinrich, Samuel, Mauricio, Helen, Juan ou autres s'appelleront probablement : Ganesh, Krishna, Ramalingam, Ganga, Lakshmi, Anandamayi, Surya, etc., rompant ainsi avec une histoire ancienne attachée à leur prénom d'origine. »

Le projet Sadhana Forest
« Le projet Sadhana Forest (qui n’est d’ailleurs plus tout à fait un projet puisqu’il a démarré en 2003) est une idée proposée par une famille végétalienne originaire d’Israël mais qui vit en Inde depuis 7 ans, à Auroville.
Tout a commencé le jour où Aviram Rozin et sa femme Yorit ont décidé d’acheter 25 hectares de terre complètement érodée pour y planter des arbres et y faire revenir la vie. Ces terres étaient en fait une ancienne forêt primaire mais dont les arbres avaient été coupés. Détruite, dévorée par le bétail (introduit par l’homme), cette ancienne forêt n’était plus que roches et désert. Il n’y avait plus d’animaux, plus d’oiseaux, plus de végétation ou presque.
"Planter des arbres pour faire grandir la forêt qui, elle, fait grandir les gens"
Pourtant Aviram et sa famille ont eu, dès le début, la ferme intention de redonner vie à cette ancienne forêt. Ce projet de reforestation n’a jamais été un projet économique : c’est un projet qui vient du coeur. Le but était/est de réconcilier la nature et l’homme mais aussi les hommes entre eux, montrer qu’il est possible de sauver concrètement la planète et de changer de façon de vivre (en harmonie avec la nature). Ainsi, 30% de la forêt à déjà été recréée.
Avant d’être détruite, Sadhana était une forêt originelle (tropicale), c’est à dire une forêt persistante sèche, dense, remplie de différentes espèces végétales et animales. C’est donc une sorte de jungle qu’Aviram souhaiterait recréer.
La spiruline que fait pousser Aviram tient une place importante dans la forêt.
A long terme, le but de Sadhana Forest est d’être autonome à 90% (dans environ deux ans). Pour cela, Aviram et sa famille souhaitent développer leur potager biologique, qui pour le moment n’est pas très étendu, être autonome au niveau de l’eau également car pour l’instant la famille et les bénévoles utilisent l’eau du puits, celle des nappes phréatiques et celle qui provient de la machine Aquadine. Aquadine est une fontaine qui purifie l’eau (par osmose), la dynamise, la revitalise, la réinforme. Ce procédé naturel a été proposé par Claire Chanut*.
Toujours en ce qui concerne l’eau, Aviram et les bénévoles ont creusé des tranchées et des talus pour stopper/retenir l’eau, car en Inde il y a à la fois le problème de la mousson et de la sécheresse. Or, lorqu’Aviram et sa famille sont arrivés, le niveau des nappes phréatiques était très bas. Grâce au système de tranchées/talus/canaux et aux racines des arbres replantés, le niveau des nappes est remonté (l’eau est arrêtée sur place et descend vers les nappes). Ainsi, même le village voisin est alimenté en eau.
Depuis peu, les étudiants d’un professeur d’écologie se sont rendus à Sadhana pour étudier et apporter leur aide.
Le souhait d’Aviram serait d’étendre leur modèle à d’autres pays (Maroc, Sénégal etc.). Pour cela, il proposera, dès le 1er septembre 2009, un programme de formation (projet éducatif) de trois ans afin de former les gens à la durabilité : leur apprendre à produire leur propre énergie, se soigner avec la nature, produire leur propre nourriture (potager bio)... A Sadhana Forest, tout le monde est végétalien. Bref, consommer directement les aliments fournis par la nature sans passer par une transformation.
En ce qui concerne l’énergie alternative, dans la forêt Sadhana elle est soit solaire, soit humaine : énergie fournie par les hommes en pédalant lorsqu’il n’y a pas de soleil ! (les gens pédalent pendant une heure, à tour de rôle). Pédaler est aussi une façon de faire comprendre concrètement que l’énergie fournie demande des efforts et qu’il ne s’agit pas seulement d’appuyer sur un bouton...
Deux autres projets sont prévus : accueillir les enfants pour les éduquer et les sensibiliser à l’environnement et former les femmes enceintes pour leur apprendre à bien se nourrir naturellement.
Aujourd’hui, Sadhana Forest dépend essentiellement de la générosité des gens (faire des dons, du bénévolat sur place, apporter des idées) puisqu’Aviram ne veut pas exploiter la forêt (pas de chambre d’hôtes etc.)
*Claire Chanut a participé à la réalisation d’un film intitulé ""Auroville, une terre pour demain". Son association "Fotosyntésia" a pour but de relier les gens qui ont trouvé des solutions pour rendre vie à la terre et l’eau. Elle a découvert et soutenu le projet Sadhana Forest. »

1 commentaire:

  1. Le récit de ton expérience 'aurovillienne' est très réaliste et correspond globalement à mes propres souvenirs d'un séjour à Auroville en 2006 : lieu magique dans un cadre époustouflant où l'on ne cesse de se perdre, vie paisible et sereine ponctuée de pratique du yoga et de la méditation, des rencontres passionnantes.. Merci d'avoir partagé avec nous cette expérience unique. Nancy

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